ISSA Hayatou: le petit prince de Garoua devenu roi du footballIssa Hayatou - 4

Est-ce le sphinx, cette figure de la mythologie grecque qui renaît toujours de ses cendres ? Ou simplement le coureur de demi-fond et de sprints longs que fut ce sportif dans l’âme ? C’est la seconde image qui sied sans doute le mieux quand il faut raconter le destin exceptionnel de Issa Hayatou, prince de la noblesse coutumière de Garoua au nord-Cameroun, qui n’a jamais véritablement touché le fond de l’abîme et a plutôt toujours frôlé les cimes. Car entre le soutien infructueux à Lennart Johansson face à Sepp Blatter en 1998 et sa propre tentative malheureuse à l’élection du président de la FIFA en 2002, il fut brillamment réélu président de la CAF en mars 2000 à Accra.

A la surprise générale, il perd son titre de patron du football africain en mars 2017 à Addis-Abeba, remplacé par le Malgache Ahmad Ahmad. Par ailleurs, le membre du Comité international olympique fut immédiatement honoré par le président de la République Paul Biya le 24 mai 2017. Il est Nommé président du conseil d’administration de la toute nouvelle Académie nationale de football

Affable, diplomate et travailleur acharné, Issa Hayatou a passé l’essentiel de sa vie à servir le sport. On l’a vu, il fut international camerounais de course à pied et de basketball. Et au sortir de l’adolescence, il a dû contrarier le choix de ses parents. «Après le baccalauréat, le gouvernement camerounais m’accorda une bourse pour la France (…) Mais mon nom est resté affiché sur le babillard de l’école des ingénieurs Ponts et Chaussées pendant deux ans. Moi, j’avais choisi d’aller à l’Institut national de sport de Yaoundé. Pour ma famille, j’étais devenu fou. Mais c’est Dieu qui l’avait voulu ainsi», confia au magazine camerounais Situations, en novembre 2007, ce pieux musulman né dans une famille aristocratique, fils, petit-fils et frère de Lamido. On peut dire, au vu de son riche parcours, qu’il a choisi le sport et le sport le lui a bien rendu.

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Lavé de tout soupçon

Professeur d’éducation physique et sportive au lycée Leclerc de Yaoundé, il fut appelé très tôt dans l’administration. On retient qu’à 28 ans, il est doublement nommé directeur des sports (poste technique le plus élevé au ministère de la Jeunesse et des Sports) et secrétaire général de la Fédération camerounaise de football. Quatre ans plus tard, en 1986, il est élu président de la Fécafoot, et aussitôt membre du comité exécutif de la CAF.

Comme un appel du destin, il tente sa chance pour succéder à l’emblématique président de l’instance faîtière du football africain, l’Ethiopien Ydnekatchew Tessema, décédé en 1997. Coup de maître : Issa Hayatou l’emporte par 22 voix contre 18 au 3ème tour du scrutin à Casablanca le 10 mars 1998 contre le Togolais Folly Ekué. Si certains observateurs s’interrogent alors sur ce que le jeune dirigeant de 41 ans va faire de sa victoire, ils ne tarderont pas à se rendre compte qu’il a une grande ambition pour le football africain dont il va radicalement changer la face en près de 30 ans de règne.

Les premiers succès viennent de la réforme ou de la création des compétitions sportives organisées par la CAF dont notamment les deux majeures : la Coupe d’Afrique des clubs champions (devenue Ligue des champions) et la Coupe d’Afrique des nations (passée de 8 à 12 puis à 16 pays participants). Autrefois déficitaires, CAN et LDC deviennent des machines à sous, grâce à des contrats marketing et à une bonne médiatisation. La CAN devient la troisième plus grande compétition sportive au monde, après la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques. « Nous allons continuer à l’organiser tous les deux ans parce que c’est l’occasion pour nos pays d’améliorer l’offre en infrastructures », n’a cessé de marteler Issa Hayatou, prenant à contre-pied critiques et pressions des Européens voulant que la CAN épouse la périodicité quadriennale de l’Euro.

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Sous Hayatou, la CAF, qui a par ailleurs inauguré son nouveau siège dans la ville du 6 Octobre au Caire, a fait encore mieux en construisant trois académies-centres d’excellence (Dakar, Addis-Abeba et Yaoundé), question de mettre l’accent sur la préparation des équipes et la formation continue des cadres.

Et comme il n’y a pas beaucoup de hasard dans le football, ce management nouveau et cohérent porte ses fruits au niveau des résultats sportifs, les équipes africaines faisant entendre leur voix. C’est ainsi que le Ghana et le Nigeria ont remporté plus d’une fois les Coupes du monde des cadets et des juniors ; que le Cameroun, le Sénégal et le Ghana ont atteint les quarts de finale de la Coupe du monde seniors; que le Nigeria et le Cameroun ont remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques. Des équipes africaines désormais sans complexe, sur les traces de leur président confédéral qui a fait passer de trois à cinq le nombre des pays africains en Coupe du monde, et a arraché le principe de la rotation par continent de celle-ci, «contre l’avis de 9 membres européens du comité exécutif de la FIFA», précise-t-il. L’une de ses plus grandes fiertés, la Coupe du monde 2010 organisée avec brio par l’Afrique du sud. Ne reste, comme ambition inassouvie, que ce trophée en or massif brandie par une équipe d’Afrique…

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Mais lui, a touché le Graal. Le 8 octobre 2015, la commission d’éthique de la Fifa, conformément aux statuts, le désigne président intérimaire de la Fifa jusqu’à l’élection d’un nouveau président le 26 février 2016. Le titulaire du poste, Joseph Blatter, écope d’une suspension de 90 jours pour soupçons de corruption, tout comme l’ex secrétaire général de la Fifa Jérôme Valcke, et Michel Platini, président de l’Uefa et candidat à la présidence de la Fifa. Le Sud-Coréen Chung Mong-Joon, ex vice-président et candidat lui aussi à la présidence de la Fifa, écope de six ans de bannissement. Issa Hayatou sort, lui, indemne du tsunami «Fifagate» et déclare aux journalistes : «Si la commission d’éthique avait la moindre preuve contre moi, elle m’aurait aussi épinglé et je ne serais donc pas désigné à ce poste». Le dirigeant camerounais assurait en arrivant dans une maison Fifa minée par le plus gros scandale de son histoire. «J’ai passé 26 ans comme vice-président à la Fifa, et j’y ai occupé diverses autres fonctions dont celles de président du comité d’organisation de la Coupe du monde et de président de la commission des finances. Je ne suis donc pas un néophyte dans la maison. J’ai l’expérience nécessaire pour la diriger».

Sorti sans tache de cette longue aventure dans la gestion du football international, l’homme de 74 ans peut désormais, la tête haute, s’adonner à ce qu’il promettait pour sa retraite méritée: un peu d’élevage dans son village, au nord Cameroun.

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Issa Hayatou en bref

9 août 1946 : naissance à Garoua (Cameroun)

1965 : dispute les 1ers Jeux africains à Brazzaville avec la sélection de basketball

1974 : professeur d’éducation physique et sportive (INJS Yaoundé)

1982 : directeur des sports au ministère de la Jeunesse et des Sports

1986 : président de la Fédération camerounaise de football

1988 : élu président de la Confédération Africaine de Football

2001 : élu au Comité international olympique

2010 : coordonne la 1ère Coupe du monde organisée en Afrique (Afrique du sud)

8 octobre 2015 : devient président par intérim de la Fifa

15 mars 2017 : perd son poste de président de la CAF après 29 ans de règne

2020 : vice-président d’honneur de la FIFA et président d’honneur de la CAF

Source/cafonline