Yaya Touré

Yaya Touré, une expertise qui pourrait profiter à l’AFI sous peu…

 

« Il faut que les choses changent. Il en est grand temps ». Tel est le cri de cœur de l’ancien capitaine des Éléphants de Côte d’Ivoire, Yaya Touré. Le quadruple ballon d’or africain n’exclut guère la possibilité de mettre son expertise à contribution pour ledit changement. A en croire le champion d’Afrique 2015 pour parvenir à cette mutation, un seul préalable est indispensable : « l’Association des footballeurs ivoirien (AFI) doit redevenir une association démocratique au service des joueurs, comme il est obligatoire qu’elle le soit ». Ceci fait, l’ancien milieu de terrain du FC Barcelone se dit déterminé et prêt à s’engager pour redonner à l’AFI sa mission originelle. Entretien …

 

 

« Les footballeurs ivoiriens doivent se réapproprier l’AFI », c’est une recommandation que vous énonciez en août dernier. Que s’est-il passé depuis ?

Yaya Touré: C’est une bonne question… S’il ne m’appartient pas de commenter l’action de la FIFA, qui a interrompu le processus électoral pour la présidence de notre fédération avant de nommer un Comité de normalisation, je me félicite tout de même de voir que les instances internationales ont compris que ce qui se passait en Côte-d’Ivoire n’était ni normal, ni démocratique. Pour le reste, et c’est ce qui m’intéresse en premier lieu, il me semble bien que l’AFI soit portée disparue…

 

Même suspendue par la FIFPRO, l’AFI est pourtant toujours là…

Yaya Touré: Mais elle est invisible ! L’AFI n’est pas une association dont la charge est de promouvoir la candidature de tel ou tel candidat. Ce n’est pas son cœur de métier et cela fausse, pour moi, le jeu démocratique.

 

De quelle façon ?

Yaya Touré: En permettant aux différents groupements d’intérêt au sein de la Fédération, dont l’AFI, de parrainer leur candidat à la présidence, on a cru, mais à tort, inscrire cette élection dans le jeu démocratique. Mais ce qui vient de se passer témoigne du contraire et, pis encore, a ouvert la porte aux conduites déviantes que la FIFA a sanctionnées. Chacun doit rester à sa place : imagine-t-on les présidents de clubs, les entraîneurs ou les arbitres, par exemple, parrainer un candidat à l’élection du président de l’AFI ? Cela n’aurait aucun sens. Ce qui ne veut pas dire que l’AFI ne doit pas participer au débat. Au contraire, elle doit y porter la voix des footballeurs, mais en totale indépendance. Elle n’existe que par et pour les joueurs. Or, ces derniers temps, parce qu’elle s’est fourvoyée en n’écoutant pas sa base et en s’engageant dans un combat qui n’était pas le sien, elle ne peut plus remplir sa mission.

 

Pourquoi d’après-vous ?

Yaya Touré: Ce n’est pas bien compliqué ni à expliquer, ni à comprendre : une écrasante majorité de joueurs et de joueuses s’est prononcée contre la décision de l’AFI de ne pas parrainer Didier Drogba, l’un des leurs, pour soutenir un autre candidat à la présidence de la FIF. En dehors des clubs « amis », qui ont soutenu le même candidat et où la pression exercée sur les joueurs est réelle, vous imaginez, vous, les membres de l’AFI se rendre dans les clubs et affronter ceux qu’ils sont censés servir et représenter et qu’ils ont trahis ? Dans le même ordre d’idée, vous pensez que l’AFI s’est empressée de savoir comment les fonds attribués par la FIFA et la CAF ont été redistribués dans le pays par la FIF ? Oui, car de l’argent a été distribué aux clubs. Mais sait-on comment il a été ensuite reversé aux joueurs ? L’AFI a-t-elle travaillé à un mode de répartition ? A-t-on pensé aussi à associer les joueuses de l’équipe nationale qui doivent elles aussi être aidées ?

 

Si personne ne sait rien…

(il coupe.) C’est parce que rien n’est fait ! Et tout est à cause de l’engagement de Cyrille Domoraud dans la campagne électorale : ses équipes ne peuvent plus aller sur le terrain et lui, pour ménager la chèvre et le chou, est désormais muet, alors qu’il devrait porter la voix des footballeurs, puisque notre football, comme beaucoup d’autres en Afrique et dans le monde, vit des heures terribles dues à la pandémie. La situation des joueuses et des joueurs ivoiriens n’en finit pas de se dégrader. Au moment même où les footballeurs ont le plus besoin d’être soutenus, écoutés, aidés par leur association, cette dernière joue à cache-cache. Ç’en est trop ! Le président de l’AFI ne peut se contenter d’aider quelques joueurs individuellement et de s’en vanter sur les réseaux sociaux. Il ne peut plus se cacher derrière des réunions ou séminaires organisés dans les mêmes clubs « amis ». Il faut une réflexion globale et des actions collectives fortes pour le bien de tous les footballeurs et de toutes les footballeuses en Côte d’Ivoire…

 

C’est-à-dire ?

Qu’il faut rapidement que la situation évolue. Puisque ceux qui sont à la tête de l’AFI ne daignent plus remplir la mission que leur ont confiée les footballeurs ivoiriens, il faut que les choses changent. Il en est même grand temps !

 

Mais comment ?

Comme je l’ai déjà dit, en s’inscrivant dans un processus démocratique. Cyrille Domoraud doit venir rendre des comptes devant une assemblée générale et poser ainsi la question de confiance aux adhérents de l’AFI dans leur ensemble et non à quelques joueurs, pseudos délégués parfois de clubs qui soutiennent le même candidat que l’AFI… Les joueurs ne peuvent plus ici malheureusement exprimer librement et en toute transparence leur soutien ou leur position… Au risque de se voir malmenés par leurs dirigeants… C’est un vrai problème pour moi ! La liberté de penser et la liberté d’expression doivent s’inscrire comme les piliers fondamentaux pour le mouvement des joueurs dans notre pays : on doit pouvoir les écouter et ils doivent pouvoir dire simplement ce qu’ils pensent sans aucun risque, sans la moindre pression.

 

C’est-à-dire ?

Ne soyons pas dupes, ces fameux délégués sont triés sur le volet et leur vote est acquis par avance. C’est pourquoi je confirme ce que j’affirmais déjà en août : les footballeurs ivoiriens doivent se réapproprier l’AFI ! Cyrille Domoraud, c’est devenu une évidence, ne peut plus décemment représenter les joueurs. Il n’en est plus le représentant moral. Il n’a plus ni leur adhésion, ni leur soutien… Je pense même qu’il a trahi l’esprit du mandat que les joueurs lui avaient confié…

 

Pensez-vous devoir jouer un rôle dans l’avenir de l’AFI ?

Si les hommes et les choses restent en l’état, non ! Ce qui se passe depuis des mois ne correspond en rien à l’idée que je me fais d’une association de joueurs. Ce n’est plus en phase avec les raisons pour lesquelles nous avions décidé de nous engager en 2008 lorsque le projet nous avait été présenté et que nous avions, avec plusieurs membres de l’équipe nationale, décidé de le parrainer. Si l’AFI redevient une association démocratique au service des joueurs, comme il est obligatoire qu’elle le soit d’ailleurs, alors oui, je suis décidé et prêt à m’engager pour redonner à cette association qui me tient à cœur sa mission originelle. Je continue à suivre l’évolution de la situation, à m’entretenir avec un grand nombre de joueurs, internationaux ou pas, qui tous sont véritablement inquiets par ce qui se passe à l’AFI et choqués par l’image désastreuse que renvoie notre pays…

 

Quelle est donc la prochaine étape pour vous ?

Au risque de me répéter, il est urgent que se tienne une Assemblée générale. Il est urgent que Cyrille Domoraud s’explique devant les adhérents. Il est urgent que ces derniers se fassent entendre et qu’on les écoute car l’AFI leur appartient ! C’est ce que veulent tous les joueurs et toutes les joueuses !

 

Il en va donc pour vous de l’avenir même de l’AFI ?

Oui, son avenir et sa survie sont en jeu. C’est pourquoi il est plus que jamais important que la base, les adhérents, puisse s’exprimer librement et totalement. Je suis prêt à aider tous les joueurs et toutes les joueuses ivoiriens à libérer leur parole et à se réapproprier totalement cette organisation qui doit rester indépendante, démocratique et fortement représentative… Grâce aux acteurs principaux de notre sport que sont les footballeurs et les footballeuses ! C’est à ce prix que l’AFI pourra pleinement reprendre sa place dans l’écosystème de notre sport, en coopération avec les instances dirigeantes, avec les clubs et avec tous ceux qui voudront travailler à porter et à défendre les intérêts du football ivoirien !»

Entretien réalisé par nos confrères de, Ami-sportif.com

 

 

 

 

 

 

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